
Mais comment cette terre qui a attiré et inspiré de grands entrepreneurs venus de tous horizons (lire Zoom) voit ses enfants devenir plus frileux ? Pour l’auteur, Jacques Bruyas, journaliste spécialiste de l’économie azuréenne, « la Côte d’Azur est une terre de paradoxes qui a bénéficié, audelà de ses atouts naturels -la mer et la montagne, la douceur du climat- d’une série de coups de bol inouïe. » Ils l’ont conduite à bénéficier d’une réputation internationale, d’un aéroport, de l’arrivée d’IBM, du lancement de Sophia-Antipolis autour des nouvelles technologies qui deviendra la première technopole d’Europe, et de l’évolution de l’économie touristique vers le tourisme d’affaires. Et aujourd’hui ? Les paradoxes sont toujours là.
« C’est aussi une terre de leurres »
La Côte d’Azur compte un nombre très important d’entreprises , mais 2 % seulement, soit 500, dépassent les 50 salariés pour 94 % de TPE (<10 salariés). Le commerce est très largement surreprésenté alors que la Côte d’Azur est au 95e rang national pour le chiffre d’affaires de l’industrie ! Enfin, si elle est le berceau de beaucoup d’entreprises, le taux de mortalité de ces dernières est l’un des plus élevés de France… Un phénomène que Robert Roux, créateur du Forum de l’entreprise, résume ainsi : « La Côte d’Azur est aussi une terre de leurres… On pourrait en faire un film façon « Les Ch’tis », mais à l’envers… » Les difficultés ? Un foncier grignoté par les résidences secondaires, la difficulté à loger les actifs, notamment la tranche des 35-50 ans, qui préfèrent aller travailler ailleurs pour pouvoir loger leur famille, des problèmes de transports et une ligne de TGV indispensable à son développement mais qui joue l’Arlésienne. De plus, l’opération d’intérêt national Eco Vallée tarde à démarrer au point que les chefs d’entreprise locaux semblent se désintéresser. « Il ne faudrait pas perdre la main », redoute Laurent Lachkar, le président de l’Union pour les entreprises des Alpes-Maritimes. Enfin, parmi les derniers handicaps, on retiendra une université qui compte moins de 30 000 étudiants quand Grenoble en accueille 60 000, un manque terrible de pépinières d’entreprises, d’incubateurs et de financement en capital-risque. Bref, la situation n’est jamais gagnée d’avance.
Marie Sabathier
ZOOM
Des entrepreneurs d’origines diverses. Les grands hôteliers sont étrangers de pays très divers. Les futurs grands noms du BTP azuréen proviennent d’Ombrie. Biot et Vallauris, les références en matière de céramique, ont été tour à tour peuplées de Ligures et Piémontais. À Grasse en revanche, l’industrie traditionnelle du parfum repose, dans les années 20, sur une quarantaine de familles et patronymes locaux représentant autant de raisons sociales à l’inverse largement ouvertes sur le monde, mais peu reconnues par le beau monde du littoral azuréen. « Déjà, Grasse souffrait de problèmes de transports », souligne l’auteur.





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