
Trente cinq ans après sa rencontre avec Georges Dufour, « l’homme de la situation », le pianiste cannois nous a raconté, une nouvelle fois, comment un soir de feu d’artifice - une autre grande tradition ancrée dans la baie de Cannes - alors que Gabriel était membre du jury et Georges, organisateur de la soirée pour la ville, sous la municipalité de Cornut-Gentil, l’homme des fêtes et cérémonies lui avait fait la proposition de redonner vie aux défuntes « Nuits de Lérins ».
Et Gabriel de répondre que si le Fort de Sainte-Marguerite était un lieu fantastique pour organiser un événement culturel, en revanche, l’humidité nocturne des îles, même en période estivale, n’était guère compatible avec la musique, surtout de chambre.
En vrai Cannois, Gabriel Tacchino proposait alors une alternative à son copain Georges et lui suggérait de mettre en lumière un lieu tout à fait propice à des soirées musicales, la prodigieuse terrasse du Suquet, à l’abri des remparts de la vieille ville. Voilà qui donnerait une ambiance tout à fait idoine à l’accueil de solistes, de musiciens en petites formations. Banco ! Le principe des Nuits musicales était né et la première « Carte blanche à Gabriel Tacchino » engagée.
Trente cinq ans après le début de l’aventure, le pianiste cannois qui, tout jeune, s’en allait faire ses gammes sous les bombes au Conservatoire de Nice, sur le porte bagage du vélo de son oncle, a toujours le stress lorsqu’il invite ses amis à venir jouer pour les Cannois. Le marché des festivals a aujourd’hui des impératifs modernes et financiers difficilement compatibles avec la passion de la musique et les budgets événementiels de la ville.
Une passion familiale
Gabriel dit volontiers qu’il en a usé des maires, de Mme Dupuis à Bernard Brochand en passant par Michel Mouillot qui, en fou absolu de jazz, avait quand même un vrai respect pour les musiciens classiques et régulièrement honorait le Suquet de sa présence…
En trente années de carrière, les Nuits Musicales du Suquet pourraient permettre d’écrire un livre, et Gabriel égrène volontiers les souvenirs à commencer par cette nuit, voilà douze années désormais, où son épouse Sandrine a donné naissance aux jumelles : Clémentine et Juliette, aujourd’hui membres toutes les deux des chœurs de l’Opéra de Nice et qui ont donc choisi d’assumer la relève avec le chant après, elles aussi, s’être colletées au piano ! Gabriel raconte encore cette nuit de juillet où Maddie Mesplé, déjà diva, avait illuminé Notre Dame de l’Espérance, l’église du Suquet, et consumé ainsi toutes les réserves de bougies et de candélabres à la veille de la messe dominicale… A l’abbé Lanza qui s’inquiétait de cet élan grotesque, elle avait répliqué qu’elle avait voulu ainsi, en allumant des cierges par dizaines, s’attirer les grâces divines du Seigneur… et surtout lutter ainsi contre le trac qui la tétanisait avant de monter sur la scène.
Et l’abbé Lanza d’exploser de colère et de lui crier’ : « Foutez la paix au Seigneur ! Et, maintenant, allez chanter ! Le public, lui, vous attend… ». L’histoire retiendra qu’elle n’a jamais aussi bien chanté que ce soir là… au Suquet.
Un anniversaire en forme d’hommage
Des grands noms, des divas et des maestros, Le Suquet, en trente cinq années, en a reçu par dizaines et depuis, malheureusement, nombre d’entre eux sont partis…
En cette session anniversaire de 2010, Gabriel Tacchino va d’ailleurs leur rendre hommage… De Mstislav Rostropovich à Isaac Stern, en passant par les sœurs Katia et Marielle Labeque et Jean-Pierre Rampal, des noms prestigieux, en nombre sont passé par Le Suquet pour faire le bonheur des Cannois, mélomanes avertis ou public estival moins féru de grande musique, mais sachant apprécier le lieu et l’instant…
« Venez et écoutez ! » clame, aujourd’hui encore, Gabriel Tacchino. Amis cannois, visiteurs de la cité des festivals, cet été, osez grimper les marches vers Notre Dame de l’Espérance vous ne serez pas déçus…Tant il est vrai qu’on n’a pas besoin de connaître la musique pour l’apprécier. Les œuvres du répertoire des Nuits musicales du Suquet d’ailleurs sont loin d’être inécoutables et la programmation, année après année, s’est toujours attachée à inviter des amis, à faire venir ici des gens de qualité, des passionnés, de grands musiciens qui n’ont pas fait de Cannes pour autant ni Bayreuth, ni Salzbourg ! Rustique, « Au départ, il fallait vraiment aimer la musique ! », sourit Gabriel.
L’engagement de la ville
Il souligne que le lieu s’est enrichi grâce aux efforts des municipalités successives pour accueillir plus confortablement aujourd’hui un peu plus de 900 personnes les soirées de grande affluence, en squattant les escaliers et en forçant à l’extrême les limites imposées par les normes de sécurité. La volonté pourtant est de ne pas faire du chiffre à tout prix pour conserver ainsi au site son caractère intime, populaire et pas guindé. Dans cet esprit, cette année encore, les prix des soirées sont très étudiées (entre 22 et 30 euros) et pour les plus jeunes cette année, des concerts existent à 19 heures dans la cour du Musée de La Castre avec les jeunes révélations…
La preuve que ce sont de véritables révélations, l’édition 2010 des Nuits Musicales accueille une jeune Bulgare, une immense pianiste qui dans quelques temps si on lui demande de venir a Cannes sourira, au mieux, car elle aura intégré la cour des grands… de Tokyo à Saint-Petersbourg et les plus belles scènes européennes ! Retenez son nom : Plamena Mangova. Au programme Franz Schubert et Franz Liszt Et rappelez vous : pas besoin de connaître la musique !
Frédéric Jaubert





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