
Éric Romain : Comment c’est passé le tournage du téléfilm de TF1 « Panique » que vous venez de terminer ?
Richard Anconina : Il s’est très bien passé ! C’est un téléfilm très intéressant sur la pollinisation et surtout sur la protection des abeilles puisque l’on sait par nos scientifiques, par les écologistes et par tous les spécialistes qu’un monde sans abeilles s’éteindrait en quatre ans, la chaîne serait coupée par l’écosystème… En fait, il y a des abeilles qui disparaissent et on ne sait pas pourquoi, il y a des millions et des millions d’abeilles qui disparaissent d’un coup et on ne sait pas où elles sont ! C’est un film au sujet passionnant… J’ai appris plein de choses sur l’environnement, la pollinisation et sur nos cultures agricoles et j’ai vraiment trouvé cela très intéressant. C’est un thriller écologique en quelque sorte…
E.R. : Ce tournage a-t-il été difficile quand je pense à vos milliers de partenaires ? (Les abeilles j’entends, rires !)
R.A. : Oui, parce que si vous voulez elles travaillent, elles sont stressées s’il y a du monde, s’il y a du bruit, si le temps est orageux… Il y a des essaim de 10 000 abeilles, il y a des ruches où il y a trente ou 40 000 abeilles qui travaillent et chaque abeille a une tache particulière : il y en a qui rapportent le nectar, le miel, ce sont des perles d’eau qui sont à la base des pétales, elles déposent tout cela dans la ruche ; certaines abeilles ventilent à l’intérieur de la ruche, c’est une société incroyable ! S’il n’y avait pas d’abeilles, il n’y aurait pas d’arbres fruitiers, il n’y aurait plus de légumes non plus, certains élevages ne pourraient plus consommer tous ces fruits et ces légumes… La chaîne serait donc cassée, ce serait une catastrophe !
E.R. : Vous êtes-vous fait piquer sur ce tournage ?
R.A. : Quand on tournait près des abeilles, on était protégé avec des combinaisons, mais il m’est arrivé de me faire piquer parce que j’ai enlevé la combinaison à un moment donné où je n’étais pas sécurisé et où je n’étais pas suffisamment loin des ruches.
E.R. : Votre actualité, c’est aussi la sortie du DVD du film Volt de Disney qui a fait plus de trois millions d’entrées dans les salles et auquel vous prêtez votre voix, comment avez-vous fait pour appréhender ce personnage ?
R.A. : Quand on s’adresse à des enfants où à des adultes, on fait vivre ces animaux qui s’expriment comme des humains… C’est plutôt cela la réalité ! On ne rentre pas dans la peau d’un chien comme on peut rentrer dans la peau d’un personnage dans un film qui n’est pas d’animation. Sinon, on ne parlerait pas, on ferait : « Ouaf, Ouaf », on ne ferait que des sons et des aboiements. Ce sont les animaux de Disney qui humanisent, qui rendent humain et c’est pour cela que ce sont de grands succès parce que, justement, ils parlent comme nous et ils ont les mêmes problèmes que nous.
E.R. : Comment trouvez-vous le ton juste pour doubler un personnage de Disney ?
R.A. : Cela dépend du personnage ! Celui-là était un personnage assez doux, assez tendre ; un chien triste qui avait perdu sa maîtresse. Il était dans un déchirement affectif, il a traversé tout le pays pour la retrouver et sur son chemin, il a croisé deux amis qui vont l’aider à la retrouver…
E.R. : Les critiques ont affirmé que c’était l’un des meilleurs doublages d’animation ?
R.A. : Là, vous me faites plaisir, c’est sympa ça !
E.R. : Omar et Fred ont enregistré en même temps que vous ?
R.A. : On n’a pas enregistré en même temps, on a enregistré séparément car on n’aurait pas pu, ils sont extrêmement drôles ! Si on avait tourné ensemble, on aurait perdu trop de temps ; la location d’un studio est très chère donc ils ont décidé de nous séparer, on s’est retrouvé par contre pour la promo lors de la sortie du DVD.
E.R. : Comment ça se passe un doublage ?
R.A. : Chaque acteur est convoqué et il enregistre toutes ses boucles, toutes ses phrases. On nous remet les textes un peu avant, on regarde ; puis, on lit le texte pour voir s’il n’y a pas un mot compliqué par rapport à ce qu’il dit, par rapport à l’émotion… Il m’est arrivé de temps en temps de demander à écouter l’original par John Travolta et de confirmer que l’émotion qu’il met dans sa voix est une émotion spécifique qui n’allait pas avec le mot choisi en Français. Donc après ils s’appellent, se téléphonent, est-ce qu’on peut changer ce mot-là en ce mot-là ? Parce que tout cela passe par une hiérarchie, une Direction de Disney qui valide le fait de changer de mot, parce que parfois, on traduit mais on s’aperçoit que l’émotion que l’on doit jouer ne va pas sur ce mot-là…
E.R. : Êtes-vous libre pour l’interprétation ou doit-elle être à l’identique de la version américaine ?
R.A. : Non, il y a une situation qui est précise et déterminée. Tu as un directeur artistique qui nous dirige comme un metteur en scène et puis, après, nous, on a un point de vue…
E.R. : Aviez-vous déjà doublé un film d’animation ?
R.A. : C’était la première fois et j’ai adoré ! J’espère qu’ils sont contents… Cela me fait plaisir s’il y a de bonnes critiques, c’est très bon, il faut en faire un autre !
E.R. : Vous aviez un chien comme partenaire dans Hercule et Sherlock ?
R.A. : Il y avait un petit chien qui, à un moment donné, a « buggé ». Il ne savait plus quoi faire, il était fatigué, c’était très touchant… Il passait en revue tout ce qu’il avait appris, il voyait bien qu’il avait « buggé », c’était triste…
E.R. : Alain Delon est le parrain de notre magazine et vous avez tourné avec lui, quels sont les souvenirs que vous gardez de lui ?
R.A. : D’abord, je trouve qu’il est très beau aujourd’hui encore, il est superbe, il est magnifique !
Ensuite, j’aimerais lui dire que je garde un souvenir formidable de mes débuts ; il m’a fait tourner dans « Le Battant », il a été très attentionné, très respectueux de moi, de mon travail, de mes doutes, j’étais très impressionné et il m’a mis en confiance car j’avais le trac. Je débutais donc… Je garde le souvenir de cet homme qui a pris tout le temps pour moi, qui était là, qui demandait le silence ; il demandait aux techniciens de rester concentrés, il m’a dit : « On en fait une autre, tu as envie qu’on répète encore, tu veux qu’on tourne, ça va ? Tu veux boire un coup, tu veux boire un petit verre d’eau ? » Je garde tout cela comme souvenirs… J’aurais envie d’avoir aujourd’hui un grand rôle face à lui. Pour moi, c’est un grand acteur, dans « Plein Soleil », dans « Monsieur Klein », dans « Trois hommes à abattre », « Pour la peau d’un flic », dans « Le Samouraï », il a une puissance d’acteur énorme ! Il peut jouer le mec perdu comme le mec dangereux, j’aimerais vraiment jouer en face de lui un rôle important.





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