
Vingt ans après son départ, elle est dans le cœur de millions de fans à travers le monde puisque Dalida a chanté dans sept langues et reçu de nombreux disques de diamant. Trophées, honneurs, elle les oubliait quand au détour d’un voyage, elle retrouvait à Paris dans sa maison de Montmartre ses fidèles Carlins.
Nous avons rencontré Orlando, son frère, qui depuis 40 ans veille sur l’image de sa sœur, Yolanda Gigliotti. Orlando, est un être pudique, sensible, qui a profondément été marqué dans son enfance par la disparition successive des chiens de la maison…
Eric Romain : Lorsqu’enfant, avec Dalida vous viviez en Égypte, aviez-vous un chien à la maison ?
Orlando : Notre adolescence nous l’avons passée au Caire avec nos parents, nous avions un chien à la maison, mais je n’en ai pas un très bon souvenir parce que je m’étais attaché à ce chien et un jour, on l’a perdu et on a jamais pu le retrouver. Ca a été mon premier gros chagrin d’enfant. Ensuite, ma mère m’en a offert un autre et je n’ai pas eu beaucoup plus de chance avec lui puisque ce chien est tombé malade et a perdu la vue deux ou trois ans après. Ca a été à nouveau un tel drame que je n’ai jamais plus voulu personnellement avoir de chien, car on s’attache à un chien ou à un chat comme on s’attache à un enfant.
Eric Romain : A quel moment Dalida a eu des chiens dans sa vie ?
Orlando : Dalida est venue aux chiens plus tard, étant donné qu’elle avait quitté Le Caire pour venir à Paris afin de faire carrière, elle habitait au début dans un hôtel, donc elle ne pouvait pas se permettre le luxe d’avoir un chien ou de s’occuper d’un chien, il fallait qu’elle s’occupe d’abord-elle même. Ce n’est que longtemps après qu’elle a eu des chiens quand elle a emménagé dans sa propre maison. Dalida a toujours aimé les bêtes cela va de soi, mais c’est plutôt un ami qui lui a donné l’envie d’avoir un chien chez elle. C’est lorsqu’elle a reçu Richard Chanfray, le comte de Saint-Germain, et qu’il lui a fait cadeau d’un petit Carlin qu’ils avaient appelé Gerda et qui était le diminutif de Germain et de Dalida. Dès lors, Dalida s’est prise d’amour, de folie même pour cette race-là, pour ce chien-là, elle le trouvait très drôle, très affectueux et bruyant, il faut dire que ce sont des chiens qui sont beaux dans leur laideur. Ca a été le premier des chiens d’une longue série de Carlins qui l’ont accompagné les 15 dernières années de sa vie.
Eric Romain : Parlez-nous de Gerda, Pacha et les autres ?
Orlando : Elle a commencé à avoir Gerda qui était très fragile du point de vue santé, ce sont des chiens très fragiles, souvent malades, ils ne vivent pas longtemps et le premier Carlin Gerda est tombé malade. Quand il est mort, tout de suite, Dalida a voulu le remplacer et elle a eu Pacha, qu’elle a choisi elle-même dans un élevage à 400 kilomètres de Paris. Pacha, qui pétait le feu était tout à fait à l’opposé de Gerda plus calme à cause de sa santé. Pacha sautait, courait, il était même hargneux lorsqu’un étranger arrivait à la maison. Il le suivait jusqu’à la sortie et il était d’une grande beauté, beaucoup plus beau que Gerda. Il a été un compagnon fidèle, très jaloux de sa maîtresse il la suivait partout, c’était vraiment un diablotin. Un jour je me souviens, j’étais dans le bureau et il y avait une Austin garée devant et un chien noir à l’intérieur, je me suis approché et j’ai vu un Carlin noir. Je dis à Dalida « je viens de voir un Carlin noir », du coup elle est retournée chez l’éleveur pour en trouver un mais il n’en avait pas alors il lui a promis que dès qu’il y en aurait un dans une des portées il serait pour elle. Et quelques mois après une boule noire est arrivée. On ne voyait que les yeux, c’est d’ailleurs pour cela que Dalida l’a prénommé Vizir, parce qu’elle lui trouvait une ressemblance avec les Vizirs d’Orient…
Eric Romain : Pourquoi avait-elle deux Carlins à la maison ?
Orlando : Elle disait que c’était bien que Pacha ne soit pas seul à la maison, parce que cela le rendait un peu hargneux et sauvage vis-à-vis des genset elle voulait qu’il ait un compagnon pour jouer. Vous savez c’était quelque chose quand on se rendait chez Dalida, de voir ces deux chiens qui montaient, qui descendaient, qui couraient entre les jambes. Vizir adorait taquiner. Pacha et celui-ci essayait à son tour de le rattraper, mais comme Vizir était plus petit, il se glissait sous les meubles et ça hurlait, ça hurlait… Et puis un jour Pacha d’une nature très nerveuse, est mort d’une crise cardiaque en Corse. Pour Vizir, je ne me rappelle plus comment il est parti, mais Dalida en a pris un autre qu’elle a appelé Raja, ça été le dernier qui l’a accompagné. Lorsque Dalida est partie, c’est l’un de ses coiffeurs qui l’a pris. François, dont la femme avait un Carlin qui venait de mourir et comme elle était malheureuse, François, m’avait demandé s’il pouvait le prendre et il m’avait même dit : « Tu n’auras pas le temps de t’en occuper, ma femme a un jardin, il sera heureux » et il l’a pris, mais après j’ai regretté. Je sais qu’il a vécu très longtemps pour cette race-là, puisqu’il est mort à l’âge de 14 ou 15 ans. J’ai souvent eu des nouvelles de Vizir, il était heureux, mais je n’ai jamais voulu le revoir car cela m’aurait rappelé trop de souvenirs.
Eric Romain : Quel comportement Dalida avait avec ses Carlins à la maison ?
Orlando : Dalida jouait avec eux comme si c’était ses enfants, c’était sa récréation, comme elle était tout le temps en voyage quand elle revenait à la maison elle était heureuse de les retrouver. Quand elle partait en vacances elle les emmenait avec elle, en Corse ou même à Los Angeles quand par exemple en 1982 elle a emmené Pacha, qui pourtant n’était pas de tout repos, pour aller rencontrer Jacques Morali le producteur des Village People. D’ailleurs Dalida n’a jamais su bien élever ses chiens, ils ne l’écoutaient pas et ils faisaient leurs besoins partout. Elle avait peur de les éduquer, elle était trop faible avec eux. Mais quand elle leur demandait de monter sur le lit, ils montaient. Et quand elle dormait, ils étaient au pied du lit, elle ne leur permettait pas de dormir dans son lit.
Eric Romain : Consacrait-elle beaucoup de temps à ses Carlins ?
Orlando : Ils étaient comme ses deux enfants, c’est elle qui préparait leur repas quand elle était à Paris. Son plaisir c’était de recevoir ses amis et de s’occuper de ses chiens, il y avait le dîner pour les amis et le dîner pour les chiens. Elle adorait faire ça, c’était son plaisir.
Eric Romain : Quel souvenir gardez-vous de Dalida avec ses Carlins ?
Orlando : C’est le souvenir de la joie de vivre, elle avait presque des conversations avec ses, chiens, elle disait comme toutes les maîtresses que ses chiens étaient les plus intelligents, bien sûr. Elle disait « mon dieu ce chien, il ne lui manque que la parole » et « il comprend tout » elle me faisait rire, parce que je n’ai jamais entendu d’une maman dire que ses enfants ne sont pas les plus intelligents. Ce qui la fascinait le plus, ce sont les attitudes, les Carlins ont des attitudes très noble, leur façon de s’asseoir sur leurs pattes comme un Bouddha, Leur façon aussi de mettre les deux pattes devant leur museau. Elle restait comme ça à les regarder un long moment et comme les chiens voyaient qu’elle les regardait ils en rajoutaient des tonnes.
Eric Romain : Ses Carlins ont-ils remplacé les enfants qu’elle n’a pas eu ?
Orlando : Bien sûr elle n’avait pas d’enfants, mais elle n’a pas remplacé les enfants qu’elle n’a pas eu par des chiens, non. Elle a eu des chiens qu’elle adorait, qui étaient des compagnons extraordinaires avec qui elle était complice mais ses chiens ne remplaçaient pas un enfant. Elle savait très bien faire la différence.
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