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Philippe Rion, Maire de Castillon - Les petits dessins valent mieux que les grands discours


vendredi 5 février 2010

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En novembre dernier lors de mon déplacement au congrès des maires de France, après une journée chargée, quelle n’a pas été ma surprise lorsque je me suis retrouvé sur les Champs Elysées, à Paris, le soir d’une manifestation sportive opposant deux pays amis. En l’espace de quelques instants, les trottoirs, les rues et les boulevards attenants, étaient remplis d’une foule brandissant le drapeau du pays vainqueur.

Phénomène qui aurait normalement dû être sympathique si tout de suite il n’avait pas été utile de faire venir de grands renforts de CRS pour endiguer des scènes de violences, aussi incroyables qu’inacceptables dans une démocratie comme la nôtre qui prône la tolérance.

Mes amis et moi-même avons tout de suite été dirigés vers une rue transversale aux Champs Élysée. Les magasins étaient éventrés, vandalisés, les marchandises pillées, la rue transformée en théâtre de guerre. En plein cœur de notre capitale nous n’étions plus en sécurité et les sirènes de toutes les alarmes en folie nous le rappelaient. La chance a voulu que nous puissions nous réfugier dans un restaurant, sur la place de l’étoile. Deux mastodontes- je sus plus tard que c’était des marocains - qui travaillaient là nous ont aidé à nous y engouffrer pour nous protéger d’éventuelles violences qui commençaient de toutes parts.

Les deux hommes étaient furieux contre les artisans de cette folie aveugle. C’est donc dans un salon feutré que nous avons assisté aux charges de jeunes adolescents contre les forces de l’ordre, aux incendies de véhicules devant la tombe du soldat inconnu, aux exactions de hordes venues pour bafouer l’identité et le souvenir de la nation. Mais pire encore, ce qui se passait sous nos yeux, n’a pratiquement pas été relaté le lendemain. À croire que la honte était de notre côté. Après tout, ils étaient certainement venus là pour s’amuser et fêter la victoire de leur pays !

Où était la France que j’aime ce soir-là ? Pourquoi les gardes mobiles ont dû subir de telles attaques sans pouvoir se défendre ? Qui sont ceux qui en veulent tant à notre démocratie ? Et surtout, quand cesseront de telles exactions ?

Être la patrie des droits de l’homme implique-t-il qu’elle se laisse bafouée si souvent ? Jusqu’à quand nos enfants subiront-ils tout ça ? Comment pourrons-nous encore faire respecter nos valeurs si nous ne pouvons pas nous-même les défendre ?

Notre identité est étroitement liée à notre démocratie, voilà ce qui me semble être mis en jeu aujourd’hui.

Pour reprendre la formule du général de Gaulle qui ouvre ses mémoires, « je suis attaché à une certaine idée de la France ». Celle que l’on osait m’apprendre dès mon plus jeune âge sur les bancs d’une école, laïque et républicaine, en même temps que j’apprenais le respect des parents et des forces de la nation, les poèmes de Louis Aragon ou de Baudelaire. Cette idée-là, j’en suis certain, est compatible, quelles que soient nos origines ethniques, sociales, religieuses ou politiques. Et peu importe l’histoire de nos vies personnelles, notre passé, nos idées et nos convictions profondes. La réforme qui s’impose pour sauver notre identité exige un retour aux fondamentaux de la République : le respect de l’autre et de l’autorité, l’éducation civique, l’amour de la patrie, le souvenir.



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