
LPN : Que pensez-vous des polémiques qui ont émaillé ce Festival de Cannes et notamment sur « Hors la loi » ?
Bernard Brochand : Le débat peut exister après avoir vu le film ; avant, il n’a pas lieu d’être. Cette affaire a été amplifiée par manque de connaissance. Au début, le Festival de Cannes a été créé par un ministre communiste en 1939, M. Jean Zay. C’était une réponse à la Mostra de Venise qui avait été initiée en 1936 par Mussolini. Avec la guerre, le Festival n’a pu voir le jour qu’en 1945. Autant pour les raisons de sa création que par philosophie, le festival de Cannes accepte tous les films du monde entier, chacun ayant droit de s’exprimer, du plus petit pays au plus grand.
Effectivement, de nombreux films ont fait polémique comme « Inside Job » sur la crise financière, « Fair game » sur l’affaire Valérie Plame Wilson, « Wall Street 2 », « Draquila » sur l’Italie, des films gonflés ! Le formidable film de Mikhalkov, « Soleil trompeur 2 : l’exode » a suscité aussi des réactions en Russie. Le film sur Ceausescu était terrible… Quant à l’Algérie, il y avait deux films qui en ont parlé. Le Xavier Beauvois, « Des hommes et des dieux », est magnifique. C’est mon favori pour la Palme. Avec « Hors la loi », il ne faut pas oublier qu’il y a des gens qui ont souffert. Pourquoi rajouter une bataille de plus, d’autant que les trois héros du film ne sont pas forcément très sympathiques. On doit conserver la liberté d’expression de chacun et rendre hommage à tous ceux qui sont morts là-bas, c’est ce que nous avons fait à Cannes.
LPN : Est-ce que c’est cette liberté qui fait la force du Festival de Cannes ?
B. B. : Bien sûr et c’est ce qui fait son succès avec, chaque année, ses 140 000 touristes cinéphiles, ses 4 500 journalistes, ses 380 médias, ses 85 chaînes de TV. On dit que c’est la 2e manifestation du monde après les JO en terme de mobilisation médiatique mais les JO, c’est tous les 4 ans, nous, c’est tous les ans. La force du festival, c’est aussi son Marché du Film et ses 12 000 professionnels qui représentent le 1er marché cinématographique du monde. Il faut que le Festival conserve cette fraîcheur, cette liberté, cette audace… garanties par un bon jury et des films puissants.
LPN : La crise a-t-elle eu des répercussions sur le Festival de Cannes ?
B. B. : L’an dernier, on l’a vraiment ressentie. Les coûts de production des films ont augmenté… ce qui a fait naître des sociétés « low coasts » de production. En temps de crise, les gens vont encore plus au cinéma, on l’a vu cette année. Le cinéma français se porte bien. Cette année, le festival a enregistré une augmentation de fréquentation de + 3 %.
LPN : Les Cannois s’y retrouvent-ils au festival ?
B. B. : Les trois salles cannoises ont accueilli plus de 50 000 personnes en 10 jours. Nous distribuons 1 500 places pour la montée des marches. La Palme d’Or est projetée le lundi après le Palmarès pour 9 000 cannois sur trois séances, 15 h, 19 h, et 22 h. Cannes, c’est la ville du cinéma pour tous.
Propos recueillis par Pascal Gaymard





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