On nous critique parce que nous ne lisons pas de livres, nous : les incultes, parce que nous utilisons nos gadgets, sans respecter les vieux, parce que… parce que… Mais c’est leur faute à eux ! Nos parents ! Qui, après avoir lu des bouquins à dormir debout, ont finalement décidé de construire des supermarchés, temples du super-consumérisme, de faire la course, de réussir, de produire mieux et davantage, pour qui ? Pour nous !
Nous voilà donc perdus dans un monde d’objets divers, colorés, emballés, vantés à télévision, un monde de besoins sans cesse créé dé-créé, re-créé… Nous avons des ordinateurs, des téléphones qui font aussi lecteurs de musique, appareils photo, caméras et navigateurs web. Nous avons des consoles de jeu, des magasins partout dans la ville, mille possibilités sans cesse, et personne pour nous conseiller de faire plutôt ci ou plutôt ça… Alors quoi ? Nous errons, c’est normal, sans savoir ce qui fera de moi quelqu’un de bien ou de moins bien, quel objet, quel métier, quel destin…
Et puis, après avoir voyagé dans la ville, les supermarchés puis le cyber univers, je rentre chez moi, chez mes parents, et j’entends quoi ? Que je ne sais rien, que je suis inculte, que personne ne comprend que je puisse m’intéresser à Pro Evolution Soccer 3 ou au Championnat du monde de lancer de nains yougoslaves. Nos parents ont tué le temps ! Ils l’ont écartelé, puis comprimé. Ils l’ont malmené, animés par je ne sais quel désir de vengeance : le temps est la seule variable qui aille de soi, imposé à tout un chacun, vulgaire et impitoyable. Plutôt que d’accepter le combat, on a voulu la faire à l’envers ! Jouer selon d’autres règles ! On a décidé de meubler l’espace, de le remplir de cochonneries, des trucs partout, encore des trucs, des objets, des écrans, des images, pas d’idées… On a décidé de le remplir jusqu’à ce qu’il ne reste rien au temps. Nous avons nié la quatrième dimension !
Il reste nous. Génération des-espérances. Nos désirs, nos besoins. Il reste cette voix au fond des choses, la croyance : un monde moins triste quelque part… La lumière demeure derrière la cendre. Et à part ça ? Les supermarchés, les iPods, iPhone, KindlePad, cocaïne, Orangina, Canalsat, Carrefour, le développement durable, Jack Daniels, Saint-Moret, Total, la Nouvelle Star, Chuck Norris, EasyJet, Monsanto, Sony et Gazprom. Bon appétit.
Guillaume Sire





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