Chroniques

De quoi j’me mêle ?

Jeux de pédales


vendredi 5 mars 2010

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Vous avez vu mon allure ? Sacrée carrosserie, pas vrai ? Soulevez un peu le capot, pour voir ? C’est qu’il y a de la puissance là-dessous ! Je cache bien mon jeu avec mon look aérodynamique tout en rondeur, mais quand vous savez me prendre, je peux vous faire décoller grave !

Et vous entendez le bruit de mon moteur ? Joli ronron, n’est-ce pas ? Petite musique de sons graves entre deux accélérations dans les aigus ! Les hommes surtout y sont sensibles.

J’adore comme ils caressent mon volant, mon tableau de bord, mes sièges. Tout de suite, je sens que je leur plais, vu la manière sensuelle dont ils me touchent, partagés entre le respect, l’admiration et l’envie de dresser mon côté sauvage.

Mais c’est mon levier de vitesse, court et trapu, dans sa corolle de cuir, qui les attire.

C’est là, je le vois bien quand ils le prennent dans la main, que je sais qu’ils vont craquer. Ils me veulent. Ils veulent me posséder, savoir jusqu’où je peux aller. Les vrais amateurs jouissent à l’avance de mes performances.

Les jeunes cons et les vieux beaux, eux, rêvent de se pavaner avec moi pour en mettre plein la vue aux filles. Comme si je ne savais pas que j’étais un appât efficace pour draguer la minette, facilement épatée par un type qui s’est offert une cylindrée pareille.

C’est sûr, il faut casquer pour m’avoir ! Mais que voulez-vous, j’ai la classe ! Ça m’amuse toujours, la première fois, de montrer ce que j’ai dans le ventre. Avec ma caisse super-allégée, mes déflecteurs en carbone et surtout mon V10 de plus de 3 000 cm3 qui développe gentiment plus de 700 chevaux, je catapulte mon engin à 100 en même pas trois secondes, histoire de plaquer l’estomac du conducteur au dossier de son siège !

Bon, pour faire grimper mon aiguille sur le cadran, mieux vaut savoir me tenir sous contrôle !

Je repère illico les nazes qui roulent les mécaniques sans savoir m’apprivoiser. Je leur vole dans les plumes, je me cabre comme un cheval en colère, je fais des bruits bizarres qui leur fichent la trouille d’avoir bousillé le matos avant même la première échéance de leur crédit ! Ou, pire, je leur fous la honte de leur vie : je cale, en public !

En revanche, quand le conducteur se révèle de qualité, que je reconnais un pro qui sait me prendre en douceur, explorer avec doigté l’étendue de mes capacités avant de me mettre à l’épreuve, j’apprécie, je joue le jeu avec lui, je me lâche, il peut mettre les gaz, je me soumets avec plaisir à tous ses désirs. Le jeu l’excite, moi aussi, on est fait pour s’entendre. Je sens qu’on va passer de bons moments ensemble. Ca va être le pied !

Jeu de pédales, double, triple embrayage, passage de vitesses en un battement de cils, le moteur s’emballe, les pneus collés à l’asphalte, les autres voitures s’écartent quand elles me voient arriver en bulldozer dans leur rétroviseur.

Lilas Spak



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